SpaceX vient de décrocher 6,45 milliards de dollars de contrats auprès de la Space Force américaine, à quelques semaines de son entrée en Bourse, attendue comme la plus grosse de l'histoire. Entre satellites de défense antimissile et réseau de communication, le groupe d'Elon Musk consolide sa place de fournisseur clé du Pentagone. Mais ces milliards publics ont un revers.
Deux contrats en une semaine
Tout est allé très vite. En l'espace de quelques jours, la Space Force a confié deux contrats majeurs à SpaceX. Le premier, de 4,16 milliards de dollars, porte sur la construction de satellites baptisés Golden Dome, destinés au futur bouclier antimissile et antiaérien voulu par l'administration Trump. Le second, de 2,29 milliards, vise à déployer un réseau de communication en orbite basse pour l'armée. À eux deux, ils représentent 6,45 milliards de dollars de commandes publiques, encaissés alors que l'entreprise s'apprête à ouvrir son capital.
Une entrée en Bourse qui s'annonce historique
Car c'est bien là tout l'enjeu. SpaceX prépare ce qui devrait être la plus grosse introduction en Bourse jamais réalisée, prévue pour le mois prochain. Décrocher 6,45 milliards de l'armée juste avant l'opération tombe à pic pour rassurer les futurs investisseurs. Et la société part de loin : elle domine le marché du lancement spatial depuis une décennie, au point que le gouvernement fédéral n'a souvent pas d'autre choix que de passer par elle. Ses fusées réutilisables ont laminé la concurrence, et aucun acteur américain ne joue aujourd'hui dans la même catégorie.
Le revers : une dépendance assumée
Sauf que ces contrats racontent aussi une autre histoire. Dans son dossier d'introduction en Bourse, SpaceX reconnaît noir sur blanc qu'un cinquième de ses revenus 2025 provient d'agences gouvernementales. Et l'entreprise prévient elle-même ses futurs actionnaires : son activité publique dépend des changements de politique, de priorités, de réglementation et de niveaux de financement. Autrement dit, une partie de sa valorisation repose sur la bonne volonté de Washington, et sur la proximité bien connue d'Elon Musk avec l'administration Trump. Un atout aujourd'hui, un risque réel si le vent politique tourne.
On en dit quoi ?
Sur le papier, c'est un timing parfait : des milliards qui tombent pile avant l'IPO, de quoi gonfler le dossier et faire saliver les marchés. Mais à y regarder de plus près, ces contrats sont autant une force qu'une faiblesse. Une entreprise qui tire un cinquième de ses revenus de l'État, et dont le patron est aussi proche du pouvoir en place, vend en réalité aux investisseurs un pari politique autant qu'un pari technologique. Tant que Musk et Washington avancent main dans la main, la machine tourne. Le jour où la relation se tend, c'est une grosse part du chiffre d'affaires qui devient incertaine, et les actionnaires l'auront signé en connaissance de cause.